Rapport introductif
Même si la « vague bleue » annoncée n’a pas eu lieu, que la chambre reste introuvable, les élections présidentielles ont donné à l’UMP et à Nicolas Sarkozy une victoire sans appel, cinq ans après la ré-élection particulière de Jacques Chirac, qu’avaient pourtant suivi un certain nombre de revers électoraux. L’alternance, crédible encore l’an dernier, ne s’est pas produite. Au contraire, la présidentialisation du régime, clairement revendiquée et assumée par Nicolas Sarkozy, se renforce. Le traitement du dossier éducatif est d’ailleurs symptômatique, puisque c’est le président lui-même qui s’est reservé l’annonce de l’abrogation du décret Robien.
Cette suppression n’était pas gagnée d’avance, au vu des premiers contacts avec le ministère. Ce premier résultat est à mettre au compte d’une mobilisation réussie qui est parvenue à s’exprimer sans être tout à fait eclipsée par le calendrier électoral.
Ne soyons pas naïf : au délà de ce geste, il existe un programme précis, énoncé par le rapport Darcos au candidat Sarkozy. Le recours aux heures supplémentaires, pour remplacer les heures-postes supprimées est une manière d’imposer aux enseignants le marché « gagner plus en travaillant plus ». La suppression de la carte scolaire est liée aux projet sur l’autonomie et la contractualisation imposées à tous les étages de l’éducation nationale, à commencer par les Universités. Dans l’académie, plusieurs lycées sont sollicités pour présenter, en appui de leur projet d’établissement, un contrat d’objectif. Le maintien des moyens attribués aux établissements qui perdent des élèves du fait de l’élargissement des possibilités de dérogation doit être compris de cette manière : des moyens pour trouver, selon les mots du Recteur, « une façon de rebondir » et de redevenir attractifs.
Si l’épisode Robien est finalement clos sans tambour ni trompette (avec l’abrogation du dispositif scandaleux d’apprentissage junior, la loi Fillon n’est pas remise en cause.
Quel avenir sera reservé à l’Education Prioritaire ? Le recteur annonce que le complément à l’abrogation de la carte scolaire, c’est un effort renouvelé pour l’Education Prioritaire, mais Sarkozy semble faire de la politique ZEP l’un des responsable de la ghettoïsation des établissements !
Tout porte à croire que rien ne changera, donc, dans la construction d’un système éducatif à plusieurs étages, dont les plus élevés ne s’ouvrent aux plus pauvres de nos élèves que pour renouveler l’élite et légitimer sa position dominante.
Un grand pas va sans doute être franchi dans la gestion entrepreneuriale de l’école. La proposition de Darcos de distinguer les enseignants en fonction de leur lieu d’exercice (collège, lycée, ZEP ou pas...) est révélatrice des évolutions à craindre de nos statuts.
Quant aux moyens, le président semble faire le choix de laisser courir les déficits, pour satisfaire, notamment en matière fiscale, une clientèle électorale, et non bien-sûr renforcer le service public. Sarkozy l’a dit aux organisations enseignantes, il n’est pas question de revenir sur la diminution des effectifs de fonctionnaires. Et pour l’éducation nationale, c’est donc bien l’offre de formation qui jouera le rôle de variable d’ajustement : Sarkozy l’a dit le 11 juin, il faut revoir l’offre de formation, les horaires sont trop lourds et il y a des options partout.
Dans ce contexte, sans faire la fine bouche après l’abrogation du décret Robien, quelle orientation donner au SNES ?
Darcos, évoquant les « fédérations à gauche voir extrême gauche », cible ouvertement la FSU ; Fillon de son côté rêve à un « syndicalisme réformiste » ; la comparaison des 53% du second tour et du pourcentage de syndiqués parmi les salariés met en doute la représentativité des syndicats. L’enjeu est bien de nous faire taire. Nous aurions bien tort de nous laisser intimider, d’abord parce que si l’UMP a gagné les élections, le SNES ne les a pas perdues. Il nous faut donc affirmer sans retenue que le SNES est un contre-pouvoir, représentatif non parce qu’il fait bouger, à la marge, une politique rétrograde, mais parce qu’il est perçu comme le défenseur le plu efficaces des personnels, et d’une certaine conception de nos métiers et de l’école. Sa puissance repose sur sa capacité à entraîner les collègues dans l’action et à syndiquer beaucoup d’entre-eux.
Le SNES de Créteil s’engage donc fermement à renforcer le lien qui l’unit à la profession dans son ensemble, notamment à travers une politique déterminée de reconquête syndicale. C’est l’un des enjeux de la période qui s’ouvre, qui sera marquée, et c’est dans le programme du candidat Sarkozy, par d’importantes attaques contre les droits syndicaux et le droit de grève. La droite semble rêver à la marginalisation de la FSU, les médias, plus royalistes que le roi, la mettent déjà en oeuvre, en accordant largement la parole par exemple à l’UNSA à l’issue de la rencontre du 11 juin... Mais pas question d’abdiquer nos mandats et de renoncer à nos luttes pour gagner un brevet de respectabilité. Le SNES doit être à l’initiative dans son champ, et actif dans la construction de l’unité (par exemple contre les atteintes au droit de grève).
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