10 juin 2008

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Circulaire de rentrée à Créteil : l’hyperactivité centrifuge

Pour la première fois, le recteur de Créteil vient de rédiger une « circulaire académique de rentrée ». Dans le plus pur style managérial, il propose la mise en ?uvre d ?un train de mesures anticipant même, pour certaines, sur les réformes ministérielles.

L ?académie de Créteil serait-elle un Etat dans l ?Etat ?

Ce texte nous parle beaucoup de tout ce qui se passe à côté, autour ou bien hors de l ?école mais on a le plus grand mal à trouver des informations sur ce qui se passe DEDANS. Les rares fois où le recteur évoque le c ?ur de l ?activité scolaire, c ?est pour le vider de sa substance, à travers le recentrage sur les « fondamentaux » du « socle commun ». Dans le même temps, notre académie est « soulagée » de plus de 1000 postes : la boucle est bouclée !

Le projet académique du rectorat de Créteil, décliné dans cette circulaire se paye surtout de mots : « ambition, réussite, dynamisme ?? » Construit-on l ?école de demain en empilant ainsi des termes génériques interchangeables qui auraient aussi bien fait l ?affaire pour parler de n ?importe quoi d ?autre ?

Cette circulaire multiplie les mesures d ?affichage tous azimuts mais de réflexion de fond sur l ?avenir de notre système éducatif, point.
A ce titre, l ?exemple des langues vivantes est particulièrement édifiant : le recteur désigne un « référent international », organise un « marathon de l ?Europe » et propose de développer les communications » avec d ?autres pays sur internet. (Les collègues ont-ils vraiment attendu le recteur de Créteil pour utiliser les TICE ?) En attendant, dans la vraie vie, l ?offre de langues vivantes se réduit de jour en jour et les collègues sont priés de continuer à enseigner avec des effectifs pléthoriques, des horaires très insuffisants et toutes les difficultés que l ?on sait pour valider le niveau A2 du brevet en collège.

 Les fondamentaux et le socle commun, le livret de compétences
 Le cartable en ligne, les TICE
 « L ?équité »
 Education prioritaire
 Les pôles d ?excellence ??
 L ?accompagnement éducatif
 L’orientation
 Les remplacements
 La violence
 Les partenariats
 Les parents d ?élèves
 Et enfin, l ?inventaire à la Prévert ??
 conclusion
 Florilège du discours managérial

Les fondamentaux et le socle commun, le livret de compétences

Dans la circulaire, le recteur insiste lourdement sur les fondamentaux et le livret de compétences du socle commun qui ont pourtant suscité de très vives réactions dans les établissements où ils ont été expérimentés. Mais l ?avis des personnels compte-t-il pour quelque chose ? La circulaire précise que nous devrons valider les piliers 1 et 3 du socle commun partir de l ?année prochaine. Cette mesure ne figure pourtant pas dans la circulaire nationale. L ?enseignement du français est scindé en deux dans le socle commun puisque le pilier 1 (maîtrise de la la langue) est séparé de l ?étude des textes (pilier 5), ce qui est complètement absurde.

Le cartable en ligne, les TICE

Le « cartable en ligne », figure de proue de la politique rectorale occupe une place démesurée dans la circulaire. Le SNES n ?a jamais été opposé aux TICE et mène de son côté une réflexion sur leur place à l ?école, y compris autour des questions éthiques, pédagogiques, commerciales et juridiques liées à leur utilisation. Pour autant, on peut s ?inquiéter d ?apprendre que ce cartable « va servir à mesurer les résultats des élèves » et permettre de dresser « un bilan de leurs acquis » ! Grâce aux TICE, qui représentent une base technique de la mise en place du livret de compétences, les parents pourront mesurer de chez eux les progrès des élèves dans l ?acquisition du socle commun. Cette phrase est gravissime : elle suppose que le socle est en train de se mettre en place à marche forcée dans notre académie. Les sites des établissements auront également des cahiers de textes en ligne, les absences des enseignants seront indiquées dessus. Les personnels sont même encouragés à communiquer avec les familles par internet. Jusqu ?à quelle heure du jour et de la nuit ?

La circulaire fait une incursion dans les pratiques enseignantes en préconisant l ?utilisation de fiches pédagogiques. Faites par qui ?

Le regroupement des coordinateurs TICE et des animateurs pédagogiques n ?est pas une mauvaise idée en soi mais auront-ils des décharges pour faire tout ce travail ? Et en quoi consiste au juste cette animation ? Le cartable en ligne se met en place à marche forcée et tout porte à croire que la gestion des comptes et des règles de communication ne va pas être simple.
Le recteur semble également confondre le TNI (tableau numérique interactif) qui n ?est pas un outil de communication transversal, et les ENT (espaces numériques de travail), qu ?il met sur le même plan dans la circulaire. Un grand flou est entretenu sur la question des moyens de communication nomades ou instantanés. On peut se demander si cela va dans le sens de la réduction de la fracture numérique, sans parler de tous les problèmes techniques que cela va poser !
La place des TICE dans la relation avec les parents laisse songeur : comment le dispositif sera-t-il financé ? Quid des parents qui ne savent pas s ?en servir ? Seront-ils formés ? Aura-t-on de la place dans les établissements pour une salle des parents ? Qui en assurera l ?accès ? Et quid de la maintenance du matériel ?
Bref, on mesure vite, derrière les discours ronflants, le caractère d ?affichage de telles mesures, qui vont surtout nous compliquer singulièrement la vie au quotidien au lieu de développer les conditions d ?une interaction réussie avec les parents d ?élèves. Les TICE sont mis à toutes les sauces et transformés en vitrine pour une fausse modernité.

"L ?équité "

Dans un paragraphe intitulé « équité », le recteur propose aux élèves les plus défavorisés ni plus ni moins qu ?une sortie précoce du système éducatif par l ?intermédiaire du dispositif DIMA, qui ressemble de très près à l ?apprentissage junior, pourtant abandonné l ?année dernière. L ?équité ne saurait pourtant s ?apparenter à une descolarisation encadrée, où les élèves multiplieraient les heures d ?apprentissage au détriment d ?heures de cours dont ils ont tant besoin. Dans la circulaire, « porter une attention particulière aux élèves les plus fragiles » consiste surtout à les orienter précocément vers un diplôme de niveau V au lieu de lutter en amont contre l ?échec. Et comme « l ?objectif de performance » est apprécié individuellement, l ?ensemble du système va devenir fortement inégalitaire, sauf que plus personne ne s ?en rendra compte.

Education prioritaire

Sur ce chapitre, on est toujours dans la dérèglementation et l ?affichage, sur fond de casse du service public : nous savons tous ce que devient actuellement la carte scolaire et nous avons déjà commencé à sentir dès cette année les effets de cette mesure dévastatrice. Pendant ce temps, le recteur propose de promener quelques élèves en bus et de les scolariser dans d ?autres quartiers afin de favoriser la « mixité sociale ». En attendant, plusieurs établissements ambition réussite ont perdu des moyens. Bref, on déplace quelques élèves pour faire joli mais on ne déplace toujours pas l ?argent et surtout, on dégrade l ?ensemble du système ! De leur côté, les collèges ambition réussite continuent à être des espaces de dérèglementation tous azimuts (pour quel bilan ?). Cette année, si l ?on en croit la circulaire, il va encore s ?y passer bien des choses : découverte professionnelle, sixièmes expérimentales, « coaching » d ?adultes référents pour les élèves « en manque de repères ». A cela viendront s ?ajouter de nouvelles mesures complètement « innovantes », comme la rencontre trimestrielle avec les parents (!), la lecture du règlement intérieur en heure de vie de classe (!) ou encore la liaison CM2/sixième. En attendant, certains de ces établissements ont perdu des moyens. La circulaire de rentrée ne dit rien du tout sur les ZEP. Et ne parlons même pas de la MGI, liquidée à petit feu pour être vaguement remplacée par le dispositif GAIN.

Les pôles d ?excellence ??

Comme son nom l ?indique, un pôle d ?excellence est fait pour « polariser » l ?attention, et surtout la détourner de tout ce qui se passe ailleurs, par exemple dans les dizaines de « pôles » de relégation qui sont dissimulés derrière chaque pôle d ?excellence ?? Certains établissements vont donc devenir des « vitrines » de l ?éducation nationale. Les arrière-boutiques risquent fort d ?être moins reluisantes.

L ?accompagnement éducatif

Un extension de l ?accompagnement éducatif est prévue dans tous les collèges dès la rentrée. Tout cela se généralise sans le moindre bilan. Il est même question que les élèves y assistent près de quatre soirs par semaine alors que leurs journées sont déjà longues. Seront-ils désormais à passer le plus clair de leur temps, au collège ? Le but du jeu est-il de pacifier les banlieues en gardant les élèves le plus tard possible pendant que leurs parents « travaillent plus pour gagner plus ? » Pour organiser cela, le recteur sollicitera également des assistants d ?éducation, des intervenants extérieurs, des associations, et même des parents. Bref, il est prêt à tout sauf à créer des postes ! L ?accompagnement éducatif, cerise sur le gâteau, est donc en train d ?éclipser peu à peu le gâteau.

L’orientation

Si l’orientation est plusieurs fois mentionnée dans la circulaire de rentrée du recteur Blanquer, le mot est aussitôt suivi de près par les mots « métier », « insertion », « partenariat école-entreprise ». Rabattant l’orientation sur le choix professionnel, et mettant en avant l’alternance, cette circulaire marque la fin d’une grande ambition pour l’école : la réflexion sur le sens des apprentissage s’envole, reste l’orientation professionnelle, l’école n’étant maintenant plus légitimée que par la sortie.
Quant aux conseillers d’orientation-psychologues, mentionnés dans le cadre des entretiens aux différents niveaux, ils viennent en force d’appoint pour épauler des enseignants à qui ces tâches seront rapidement transférées. En effet, avec le non-remplacement de cinq départs à la retraite sur six, le taux de prise en charge, actuellement d’environ 1 400 élèves par co-psy sur l’ensemble de l’académie, va très rapidement augmenter. Et le nombre de CIO va, lui, rapidement diminuer, puisqu’au delà des quatre prochaines fermetures sur l’académie, une réduction beaucoup plus drastique est actuellement étudiée par le rectorat. Et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le « coaching » de certains élèves est prévu par la circulaire : des « adultes-référents », dont on ne sait rien de la formation, les prendront en charge. Il s’agit là de faire entrer dans l’école des associations pas toutes à but non lucratif. Une illustration dans le 94, qui prélude à de probables nombreuses dérives : un collège fait déjà appel, moyennant finances, à un coach privé. A quand Acadomia dans les établissements ?

Les remplacements

Le paragraphe sur les remplacements est particulièrement édifiant : bien sur, il ne s ?agit pas de créer des postes (on vous rassure tout de suite !) mais plutôt de culpabiliser les absents en marquant dans les bulletins le nombre d ?heures de cours effectivement assurées par les élèves. Difficile de croire que telles mesures, coercitives et stigmatisantes, feront revenir nos collègues malades ou en congé maternité et qui n ?ont pas été remplacés. Quel est le but d ?un tel pistage ? Et en quoi va-t-il améliorer la situation ? Et quid des personnels grévistes ? Seront-ils également montrés du doigt ? La circulaire préconise également de consigner dans les bulletins les heures de PPRE, d ?accompagnement éducatif effectuées par chaque élève ! Bon courage à nos chefs d ?établissements et à nos CPE pour gérer toute cette comptabilité ! Pour quelle efficacité ?

La violence

De l ?avis même du recteur (et du nôtre), le problème de la violence est particulièrement préoccupant dans notre académie. Du coup, le recteur envisage dans la circulaire de « lutter contre la violence et toutes les formes de discriminations » sauf qu ?il n ?explique absolument pas comment. Espérons que ça ne passera pas par une « optimisation » des moyens qu ?on n ?a plus !

Les partenariats


Les partenariats sont très largement encouragés, y compris avec le privé ce qui va permettre de liquider un peu plus l ?école publique sur fond d ?accentuation de désengagement de l ?état, de clientélisme d ?accentuation des inégalités. Le partenariat école/entreprise est particulièrement encouragé. Pour les langues vivantes et les enseignements artistiques, ces partenariats sont particulièrement encouragés. Le dernier BO sur les enseignements artistiques prévoit même qu ?une compétence artistique puisse être validée sur la base d ?un apprentissage acquis hors de l ?école. L ?externalisation est donc en marche au rectorat de Créteil.

Les parents d ?élèves

La circulaire académique réserve une large place aux parents d ?élèves mais on doute qu ?elle parvienne à leur vendre des confettis en guise de postes en dur et d ?effectifs corrects. Les bornes internet vers le cartable en ligne et autres livrets d ?accueil risquent de ne pas faire longtemps diversion.

Et enfin, l ?inventaire à la Prévert ??

La circulaire contient une liste de mesures diverses et variées. Certaines d ?entre elles nous laissent vraiment songeurs ?? Il serait trop long d ?en dresser ici une liste complète, en voici quelques unes :
Il y a d ?abord les « Equipes de solidarité active » mais on ne sait pas ce que c ?est.
Il propose de développer « Les jeux de l ?esprit » (bridge, échecs ??) qui seront même validés dans le socle, une mesure qui passe particulièrement mal auprès des collègues, ulcérés de constater qu ?il reste des moyens pour cela, alors que qu ?il n ?y en a pas pour assurer l ?essentiel de nos missions dans des conditions correctes.
« Dès la rentrée, j ?attends de vous que vous puissiez organiser une « fête de la rentrée », sous forme de manifestation musicale pour marquer le début de parcours des élèves dans un état d ?esprit collectif ». (Sans commentaires)
La circulaire instrumentalise également la chorale à des fins citoyennes.
Cette année, les occasions n ?ont pas manqué pour le SNES et le CVUH de rappeler que le « devoir de mémoire » n ?était pas de l ?histoire. Qu ?importe. Le recteur de Créteil n ?en tient apparemment aucun compte. Le « devoir de mémoire » se promène quelque part dans la circulaire entre les « journées de l ?engagement » et la sensibilisation aux journées de JAPD. Ajoutons à cela le « trophée civisme et défense », le prix « armées jeunesse », la « journée des excellences » ??
Faute de réfléchir sur l ?école et de lui donner les moyens de fonctionner, on distribue à nos élèves des bons points et des images ??

Conclusion

Cette circulaire parle de tout sauf de l ?essentiel. Tout en jetant un voile pudique sur les revendications formulées cette année par la profession tout au long de l ?année, notamment sur la question des postes, la circulaire conforte des dispositifs que nous combattons : socle commun, carte scolaire, bac pro trois ans etc. Cette circulaire, rédigée sans la moindre concertation, contient de très nombreux termes injonctifs : « je souhaite », « il faudra », « j ?attends de vous », « je vous invite », « je vous incite », vous conduirez », « je vous demande », « vous organiserez », qui en disent long sur le mode de « gouvernance » auquel on a affaire. Dans cette circulaire, en poussant un peu les confettis et les paillettes, on trouve surtout une vraie politique fortement inégalitaire, imposée à marche forcée. Mais au nom de quoi nous laisserions-nous faire ? Nous devons intervenir à tous les niveaux et amplifier les mobilisations pour stopper cette machine infernale et imposer une autre politique.

FLORILEGE DU DISCOURS MANAGERIAL ??

La « feuille de route » de l’académie
Les « outils de pilotage »
« l’axe réussite »
« le pilotage du dispositif »
« le pilotage et le suivi des projets »
la mise en place des « actions phares »
« le projet personnalisé de scolarisation »
« la maquette des fiches guides » et autres « fiches de conseils »
« les fonctions du coordinateur TICE chargé de l’animation » et autres personnels « référents « chargés de « l’animation pédagogique du réseau »
La « mise en place d’une communication dématérialisée »
La « participation au travail local » dans le cadre de la « mutualisation des ressources ».
les « moyens de communications instantanés et différés » (baladodiffusion, chats et visioconférences). »
« Il faut utiliser les outils pour favoriser des approches nouvelles ».
« l’orientation est un axe stratégique dans le domaine de l’éducation ».
« Les chargés de missions école-entreprise animeront et coordonneront les actions de partenariats entre l’école et les milieux professionnels ».
« L’entretien personnalisé est un élément essentiel dans l’action collective et prioritaire contre le décrochage scolaire ».
« Au collège, chaque élève doit pouvoir bénéficier d’un portfolio des compétences et des connaissances et du parcours éducatif ».
« Les modalités de remobilisation pour les élèves en difficulté doivent s’inscrire dans un programme formalisé »
« Le label lycée des métiers permet une meilleure identification des établissements comme lieu fédérateur ».
« Le bac pro trois ans constitue une mesure essentielle de valorisation de l’enseignement professionnel »
« L’objectif de performance implique la réussite de chaque élève appréciable individuellement »
« Les réseaux consituent le cadre privilégié de la mise en oeuvre du plan espoir banlieues ».
Des « sites d’excellence » vont être créés ».
« Engagement d’adultes référents sur une base pluriannuelle pour les années collège auprès d’élèves en difficulté (coaching ).
« Affirmation nette des pôles d’excellence »
« des adultes référents seront en contact régulier avec les parents afin de soutenir et de coordonner les actions ».
« Désignation d’un référent international animateur dans les 30 districts
« Enfin, je souhaite une optimisation des sollicitations de subventions publiques et privées, travail pour lequel vous pourrez compter sur l’appui du rectorat et des inspections académiques.